David Hockney au Centre Pompidou

Hier j’ai visité l’exposition David Hockney au Centre Pompidou, l’une des principales grandes expositions de l’été. Et celle-ci a la bonne grâce de ne pas se terminer au milieu du mois d’août, comme la plupart de celles que l’on coche dans sa liste de bonnes résolutions pour l’été 🙂

C’est une rétrospective qui  parcourt la peinture de Hockney depuis ses années de formation entre 15 et 25 ans, puis son évolution en fonction de ses voyages et des tendances de la peinture de son temps : découverte de la lumière de Californie dans les années 1960, querelle entre courants figuratifs et abstraits, exploration des possibilités de la photo, phase des grands formats à base de feuilles juxtaposées…

Les textes étaient clairs, pas pédants, avec un bon équilibre entre informations et analyses. Ils accompagnaient vraiment le spectateur, l’aidant à décrypter les œuvres. Je pense à ce tableau, utilisé pour la communication de l’exposition. À force de le voir partout, on cesse de le regarder! Je le trouvais sympa, et voilà! Mais le cartel invitait à analyser la place du paysage, l’effet de miroir entre le nageur et le personnage debout, la composition… Bref, il mettait en valeur symbolique implicite de l’ensemble (le tableau s’appelle « 2 personnages au bord de la piscine », mais aussi « portrait de l’artiste ») : en quelques phrases, il en révélait tout l’intérêt.

 

Seul regret : les photos étaient interdites, sans doute parce qu’une partie des œuvres appartiennent à des collectionneurs privés. Je regrette toujours de ne pas pouvoir garder une trace de l’ambiance de l’exposition – foule, luminosité… –, et dans certains cas de la taille réelle de certains tableaux. Et puis déclencher, c’est décider de garder une trace, et activer le travail du souvenir, même si on pourra trouver en ligne une meilleure reproduction du tableau qu’on a aimé. Bref!

J’ai beaucoup aimé ce que j’ai vu. Ce n’était pas une révélation ou un sentiment de bonheur artistique, comme avec Vallotton ou certains photographes. Mais c’était un grand sentiment de bien-être : que de couleurs pour s’y perdre, quelle joie de voler dans ces paysages! Comme ce tableau peint après un retour dans le Yorkshire, sa région natale :

Ou encore ce paysage semi-imaginaire des collines au-dessus de Los Angeles — il faut s’imaginer que le tableau fait 2 mètres de haut, et que le sentiment d’immersion, de couleur, de lumière, est infiniment plus grand quand on le voit en vrai!

Et un réel respect : quand on voit ses dessins et portraits, notamment à la plume, on se convainc qu’il sait parfaitement dessiner, avec un sens très sûr des expressions et de la composition. Ci-dessous, l’un de ses tableaux de « doubles portraits », à la fois réaliste et épuré (2 mètres de large également!) :

Sa peinture, c’est donc un choix, pas un malentendu heureux ou un snobisme de critiques d’art (oui, je n’ai rien compris à Twombly!). D’autres pensent différemment 🙂

J’ai beaucoup aimé la manière dont l’exposition montre son évolution, la présentant comme un processus naturel : Hockney découvre une nouvelle ambiance ou un nouvel outil et essaie de faire quelque chose avec. Par exemple, dans les années 1970, il découvre le Polaroïd et crée, en juxtaposant ces photos carrées, des tableaux éclatés, en référence directe aux cubistes façon Braque. Pour une même scène, nous avons une sorte de décomposition dans le temps, comme dans cette partie de scrabble :

L’une des pièces maîtresses de l’exposition, c’était bien sûr les « Bigger trees », les « plus grands arbres », notamment « Bigger trees near Warter », panneaux juxtaposés créant une œuvre de 4 mètres sur 12!

La dernière salle est celle de ses tableaux récents, notamment celle d’un jardin en Californie, peint en 2016 :

On pense à Gauguin et son paradis trouvé sur terre aux Marquises, à Monet dont la vue baissait et qui se perdait dans la couleur de ses nymphéas, avec ce tableau d’un monsieur de 79 ans qui cherche à représenter le bonheur depuis des décennies… Et un vieux monsieur alerte, à l’affût de ce qui donnera de nouvelles idées : l’exposition raconte comment il s’est acheté un Ipad trois mois après le lancement du produit, pour essayer de peinture sur une tablette et tester ce que l’on peut faire avec cela.

Dernier point appréciable : la boutique à la sortie de l’exposition propose un vrai choix : catalogue exhaustif ou allégé de l’expo, produits dérivés (cartes postales, magnets, tasses, carnets…), livres divers sur Hockney, la peinture en général, l’art du XXe, les théories de la couleur… Tout ce qu’on peut vouloir pour « aller plus loin ». Je ne sous-estime pas la dimension commerciale et l’astuce marketing, mais la sélection d’ouvrages est cohérente et en rapport avec ce qu’on vient de voir.

David Hockney au Centre Pompidou, jusqu’au 23 octobre 2017

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