Harold Feinstein à la galerie Bigaignon

Comme souvent, on note dans un pense-bête les expositions à voir et comme souvent, c’est quand la date limite approche qu’on se rappelle sa liste… C’est comme cela qu’en quelques jours j’ai vu Twombly au Centre Pompidou, Henri Cartier-Bresson à la Fondation HCB, et enfin Harold Feinstein à la galerie Bigaignon, dans le Marais. Il y a les expositions qu’on n’aime pas, il y a celles qu’on est content d’avoir vu pour affiner ses connaissances et sa culture générale, et il y a celles qui émerveillent. Feinstein m’a fait cet effet-là : une petite salle, une quarantaine d’images, et un double élan d’enthousiasme et de reconnaissance pour ces photos…

Le fil directeur était la plage de Cooney Island, près de New York. Portraits volés, petites scènes, groupes, ambiances ; et à travers le noir et blanc on voit la couleur, le mouvement, la musique, le bruit des manèges, les cris des enfants… « Garçon aux lunettes de soleil », 1950, tellement bien vu, et subtilement asymétrique (la poutre) pour éviter l’ennui :

« À la recherche de l’ombre », 1948. Premier soleil du printemps (les personnages ont leur manteau), si bien composé avec ces cercles se répondant les uns aux autres… Et puis, j’aime la tendresse de cette photo, ce vieux monsieur qui tient l’ombrelle de sa femme ainsi que son propre chapeau, avec un regard attentif sur ce qu’elle est en train de faire :

« Homme et femme buvant de la bière Krueger », 1952. Épatant, cet art de s’approcher, de saisir le regard, refléter la tendresse bourrue de ce couple, la complicité que révèlent la proximité physique et le geste possessif :

« Enfants sur le Whip », 1950. Évidemment, tout est dans l’art du filé, mais il y a aussi la composition (décentrage du sujet principal, lignes verticales) et le contraste entre les enfants qui rient et la jetée presque déserte. Ce n’est pas une photo sur la fête foraine en général, mais sur un moment de bonheur pour deux gamins :

« Lancer à la couverture », 1955. La composition impeccable, le mouvement saisi en plein vol, et surtout les deux garçons qui nous regardent et nous prennent à témoin :

La photo qui a servi d’affiche, « Teenagers de Coney Island », 1949. Une photo joyeuse, un moment saisi, la spontanéité du regard et des sourires…

Ici un genre différent, « Les lumières de Times Square reflétées sur une voiture », 1953. C’est un exercice de style assez classique, mais il y a la manière dont le reflet se déforme et se reforme sur l’aile et le capot, la façon dont les lignes du sol et de la voiture convergent sur le passant. Et le passant justement, qui crée un en-dehors de la photo, le flou du pas qui fait écho à la vitesse de la voiture et de la foule à Times Square :

« Les garçons qui plongent », 1954. Le format panoramique met en valeur cette sorte de décomposition du mouvement, le monde extérieur disparaît et il ne reste que le soleil, l’eau, la sensation :

Bref, j’ai adoré. Dans toutes ces photos il y a deux choses qu’on ne voit pas si souvent rassemblées. D’une part, une parfaite maîtrise de la composition : non seulement les lignes, mais le sens de l’épure, la manière de faire respirer ses sujets, de garder des horizons. D’autre part, une tendresse visible pour les sujets qu’il photographie, l’art de s’immerger dans leur univers à travers des photos en gros plan. Perfection géométrique et sens de l’humain…

Lire une interview de Thierry Bigaignon au sujet de cette exposition

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