Visite au LAM (Lille)

Autre grand musée de Lille, avec le Musée des Beaux-Arts, le LAM. À une demi-heure du centre en transports en commun, il est installé au milieu d’un parc semé de statues monumentales. Une partie du musée est consacrée à l’art moderne, de Braque au milieu des années 1960 environ. Ce sont de belles salles à la lumière tamisée, très paisibles :

Les panneaux explicatifs sont très clairs, bien écrits, pédagogiques, et les œuvres bien mises en valeur (Braque, Picasso, Léger, Dewasne…). Là encore, petite sélection personnelle d’œuvres qui m’ont particulièrement plu. Un masque Nimba à la date incertaine :

Braque, Le Sacré-Cœur de Montmartre (1910). J’aime beaucoup la manière dont les toits et les dômes se prêtent naturellement à la décomposition en formes simples, et dont les tons clairs guident le regard vers le haut tout en rappelant à la fois la blancheur, l’emplacement au sommet d’une colline et la vocation du Sacré-Cœur :

Léger, Nature morte au compotier (1923). J’aime bien ces lignes nettes, les couleurs, le mélange entre éléments reconnaissables et formes pures :

Torres-García, Composition universelle (1937). Une composition bien plus complexe qu’il n’y a paraît à première vue, donnant une impression à la fois foisonnante et ordonnée :

Rezvani, Sans titre (vers 1950). La photo ne rend pas l’impression lumineuse créée par les bleus notamment :


Dewasne, Livre de flamme (1947-1948). Je ne sais pas quelle est l’intention initiale de l’auteur, mais pour ma part, j’y vois une vue nocturne de deux fenêtres donnant sur une rue éclairée de néons rouges, dans une ambiance un peu polar…

Vue de la salle 8, « La forme et la couleur » :

Comme toujours, l’art contemporain me parle moins, et j’ai été moins intéressée par les œuvres exposées. J’ai bien aimé par contre les salles consacrées à l’art brut : œuvres diverses (tableaux, écrits, fabrications textiles…) créées par des amateurs et repérées par le collectif l’Aracine pour leur caractère authentiquement artistique.

 

Pas mal de choses intéressantes, et l’impression lancinante que les gens « normaux » doivent être névrosés, mystiques ou emprisonnés pour que leurs créations puissent être jugées artistiques, authentiques, pures en quelque sorte puisque ces créations sont une échappatoire — ce que l’art justement est censé proposer. Par exemple, les « prières à Sainte Rita » de Jill Galliéni, sorte de mantras écrits en guirlandes sans fin et volontairement illisibles :

Bref, qu’art et folie sont apparentés, voire nécessairement liés ; avec le risque de considérer toute création d’une personne perturbée comme une création artistique, et tout artiste équilibré comme un académique sans inspiration, puisqu’il n’« exprime » pas une tension intérieure. Mais pour certaines personnes exposées ici, se dire « artiste » aurait pas été impensable, trop prétentieux. Se dire et dire qu’on a une « marotte », c’est beaucoup plus acceptable socialement, quand on doit se tenir « à sa place », dans la société du début du XXe siècle… La légitimité est une question complexe.

En tout cas, il y avait de jolies choses. Par exemple une gouache de Baya, une peintre algérienne :

L’art naïf de Theo Wiesen, propriétaire d’une scierie, qui dans les années 1970 taillait rondins et planches en totems parfois gigantesques :

Ou en clôtures :

Un mineur marqué par le spiritisme qui reçut de l’au-delà la mission de peindre et créa des dizaines de toiles, certaines gigantesques, représentant des temples :

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